Galibier

Besoin de vélo

Cyclisme et entraînement

L'homme au marteau

Publié dans cyclisme



Valloire-Galibier

M
a première véritable expérience routière a eu lieu au Galibier en 2003. J'étais en vacances du côté de l'Alpe d'huez. J'avais emmené mon VTT, et un deuxième jeu de roues montées route car j'avais l'intention de "faire quelques cols".
Je me débrouille plutôt bien dans les montées en tout terrain. Après 2 jours à me tester sur des pentes faciles, je monte l'Alpe d'Huez. J'arrive en haut 1h30 plus tard, pas bien frais, mais content quand même. Fort de cet exploit dont j'oublie immédiatement les mises en garde distillées tout au long du parcours, je décide de frapper fort le lendemain. Lautaret-Valloire aller-retour avec le Galibier au milieu. Moins serait franchement ridicule. Je démarre vers 9h00 du matin au col du Lautaret, fraîchement lesté de mon plat de pâtes, qui je l'espère diffusera avec bienfaisance de bons glucides lents (très lents, comme je le constaterai plus tard). J'attaque donc sans échauffement et sans autre préambule les premières pentes de ce côté du Galibier. Au bout de 200 mètres, je suis très déçu car mon compteur de vitesse a beaucoup de mal avec les dizaines. Il n'affiche que du 8, du 9, exceptionnellement du 9,5Km/h si je me dresse sur les pédales. J'ai l'estomac un peu lourd. Pourtant, c'est bien connu, les coureurs, ça mange des pâtes. Bon c'est pas tout ça, mais faut que ça roule. Finalement 8 Kms c'est vite avalé (pas comme les pâtes…). Me voilà au sommet, sommet du Tour de France. C'est pas si dur que ça. Petit salut rapide aux touristes qui applaudissent les cyclistes qui passent. Je ne m'attarde pas, ma moyenne en pâtirait. Je glisse mon Dauphiné Libéré sous le maillot pour me protéger du froid dans la descente. En 1ère page il y a Lance Amstrong tout en jaune. Un vrai talisman. Je suis super rapide en descente. Je prends des accélérations à plus de 80 km/h. Je relance à toutes les sorties de virages. Ça descend et c'est génial. Trop fort le Gégé. J'ai une sensation bizarre après le Plan Lachat, j'ai l'impression que ça n'avance plus. Merde c'est pourtant encore de la pente à 5 à 6%. Bon de toute façon, maintenant que je suis là je vais jusqu'à Valloire.
Je fais demi-tour à l'entrée du village et repars vers le Galibier d'un pédalage décidé. Je ne sais pas si vous connaissez le coin mais il y a une espèce de faux plat casse-pattes qui n'annonce pas honnêtement son pourcentage. Toujours est-il qu'au bout de 3 kms, après le petit pont, ça s'appelle la Rivine je crois, je me dis que je ferai bien une pause. Je m'installe dans le pré sur la droite et je grignote une barre de céréales que j'avais emportée pour le cas où… Je calcule, 9 - 3 + 8, bon ça fait au max 15 bornes jusqu'au sommet à 9 de moyenne… Dans 1 heure et demie je suis là-haut.
C'est en sifflotant que je remonte sur mon Cannondale jaune (comme le maillot de Lance Amstrong). Effectivement ça va très bien sur 200 mètres, c'est du plat. Mais non finalement c'est moins plat que je le pensais. La télé c'est trompeur. J'ai beaucoup de mal, vraiment. Assis je n'avance guère, en danseuse j'ai les jambes en feu. J'arrive bientôt au pied de Plan Lachat.
A droite, après le virage, je vois la route, ma route, qui s'élève telle une rampe de lancement, une diagonale tracée sur la montagne. A gauche, avant le virage, une auberge. Je tourne sans hésitation à gauche. Il y a une table de libre avec un parasol. Comme il est midi passé, je décide que j'ai grand faim et passe immédiatement commande d'un plat qui me semble de circonstance: une omelette aux pommes de terre et lardons… Ce qui est incroyable quand est cuit à ce point là, c'est de penser qu'avec une demi-heure de pause et omelette dans le buffet, on va monter aux murs. Mais j'y crois … 30 secondes. Faut dire qu'à cet endroit c'est genre 10 ou… 12%… Je comprends que ça sera très dur. Tout en faisant du vélo, je peux ainsi admirer la richesse botanique qui borde cette magnifique route de montagne. Et aussi une grande variété d’insecte, et ces papillons facétieux qui s'amusent à passer au travers de mes roues sans que les rayons ne les touchent. Extraordinaire… En fait je suis à l'agonie. Je zigzague. La loi fondamentale qui consiste à maintenir une bicyclette en équilibre en y appliquant une vitesse minimum semble gravement attaquée. Les courts instants de soulagement que j'éprouve en posant pied-à-terre ne peuvent compenser l'immense fatigue qui m'assaille dès que je renfourche le vélo. Mais je ne lui en veux pas, c'est un bon vélo. D'ailleurs à chaque arrêt, je prends soin de le caler contre un rocher ou la pédale sur une pierre. Lui au moins reste encore debout. Assis sur mon talus, j’essaye de réfléchir à cet état absurde dans lequel je me trouve, loqueteux, incapable de franchir ces derniers kilomètres. Des cyclistes passent. Comme je suis à hauteur de pédalier, je peux apprécier la rondeur de leur pédalage et les développements qu'ils utilisent. Beaucoup ont un 39 dents à l'avant. Comment se fait-il que même sur mon 24, avec 30 à l'arrière j'ai envie de pleurer.
J'arrive enfin là-haut vers 15h30. Mon orgueil ayant cédé la place au réalisme, je laisse sur ma gauche les derniers lacets qui mènent au sommet du Tour de France pour m'engouffrer droit devant dans ce tunnel salutaire que d'admirables ouvriers et ingénieurs ont certainement percé dans la montagne à mon intention.
A 16h00 je suis de retour. Dans le rétroviseur de la voiture, je vois mon visage émacié, les yeux au fond des trous, les lèvres blanches… Mais je suis encore vivant. Quelques tartes aux myrtilles plus tard, un peu de glucose parvenu au cerveau, je peux enfin tourner la clef de contact. Sur la route qui me ramène vers Bourg d'Oisans je croise les cyclistes qui montent "là-haut". Maintenant je sais ce que c'est qu'un coup de pompe.
Lautaret-Valloire aller-retour: 7h00. C'est bien, mais j'espère faire mieux la prochaine fois…
Ce jour-là, l'homme au marteau, comme le nomme Paul Fournel dans une de ces nouvelles, m'attendait sur les pentes du Galibier. C'est une rencontre que l'on n’oublie pas. Il m'a donné l'envie d'apprendre.
GR.


Parking du Lautaret

Cet "Exploit" mémorable date de juillet 2003.
J'ai depuis quelque peu "affiné" mon approche…
C'est ce que je vous propose pour la suite de ce blog.
Je vous souhaite bonne route.
GR.

 

 

 

 

 

 

05:30 - 1/01/2012


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Description
Après pas mal d'années de VTT, je suis passé depuis 2003 au cyclisme sur route. Même s'il s'agit toujours de faire du vélo, l'approche en est assez différente. Je vais essayer de vous faire partager mon expérience et donner ainsi quelques pistes pratiques à ceux qui débutent dans ce sport. J'ai 62 ans et roule pour le plaisir. A+. GR.



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