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Villars-Reculas
Cette année encore, au mois de juillet, j'ai pu me rendre dans cet agréable chalet que possèdent des amis sur les pentes de Villars-Reculas, près de l'Alpe d'Huez. Ce lieu avait été le témoin de mes débuts calamiteux en 2003.
Ce nouveau rendez-vous avec les cimes, envisagé de longue date, avait motivé de nombreuses semaines d'entraînements avec Fabrice, mon complice de vélo.
Et voilà que 2 mois avant l'échéance, divers aléas viennent ralentir, puis sérieusement contrarier, pour finalement interrompre complètement les sorties. Bref, c'est la Bérézina, j'ai zéro kilomètre au compteur depuis plus d'un mois, et Fabrice ne peut plus venir. Tant pis, je pars. On verra bien…
A l'arrivée, le chalet est toujours aussi accueillant et la vue magnifique. Dès le lendemain matin, conscient des lacunes, je pars rouler pour tenter de ressentir de nouveau quelque complicité avec mon vélo. Ma foi ce n'est pas si catastrophique. Et puis je suis si content d'être là. Alors je me fais une petite progression sur 3 jours. Je tente la Bérarde… Ça passe. Je monte l'Alpe…Aussi.
Et puis de nouveau l'Alpe par Sarenne, Bourg d'Oisans et la remontée sur Villars. Ça fait du bien, comme après une longue maladie, des fourmillements dans les membres. Allez encore une petite escapade sur les pentes de la Croix-de-Fer, une journée de repos et je retourne voir mon pote le Galibier qui m'en a tellement fait baver 3 ans plus tôt. C'est quand même pour lui que je suis venu. Faut qu'on en reparle.
Aujourd'hui c'est vendredi et c'est pas ravioli. C'est Télégraphe et Galibier. Je suis à St Michel de Maurienne. Je regarde "là-haut". Le temps est orageux, il fait presque frais. La lumière est belle et c'est tranquille. Faut en profiter, demain 7000 furieux passeront par là. On appelle ça la Marmotte. Moi, ces grands rassemblements, c'est pas mon truc…
Bon ça fait une vingtaine de minutes que je m'échauffe dans la vallée. Deux cyclistes arrivent à ma hauteur et me dépassent. Je prends leurs roues. Ils tournent à droite, moi aussi. L'ascension commence. Un instant je pense avoir des compagnons. Ça ne dure pas, ils attaquent trop fort pour moi. Je monte donc tranquille. J'attends de bien sentir la pente, de trouver le rythme. Je ne vais pas très vite, mais je me sens bien. Au bout d'un quart d'heure, j'ai en point de mire un des gaziers qui m'avait fait le coup de vent en bas. Le style est curieux et louvoyant. Le type est vraiment cuit. J'apprends qu'il est américain, qu'il monte au Galibier et que mardi, il fera l'Etape du Tour. Bon d'accord… Je fais un bout de route avec lui, en baragouinant tant bien que mal quelques conseils pour qu'il reprenne une couleur de visage moins inquiétante… Good bye, bonne route… Super, les jambes tournent bien. C'est agréable. J'arrive au sommet du Télégraphe. Un peu de descente. La traversée de Valloire est laborieuse, il y a des travaux, des voitures à l'arrêt, ça casse un peu le rythme. Bon ça ne dure pas très longtemps.
A la sortie du village, j'aperçois les premières pentes. Les choses sérieuses vont commencer. Mais je sens que ça va bien se passer. Je suis maintenant dans un bon rythme. La pente est là, mais elle ne s'oppose pas. Je me dis que mieux entraîné j'aurai peut-être voulu être plus agressif, faire une "bonne montée"… Et alors?…
Je m'arrête quelques secondes au pied de Plan-Lachat pour me ravitailler en eau à la fontaine de l'Auberge.
Je reprends l'ascension, et jusqu'au sommet, cette fois sans m'arrêter, je revois tous les endroits où, il y a 3 ans, tel un chemin de croix, les jambes en feu et les poumons n'arrivant plus à capter l'oxygène, j'avais mis pied-à-terre.
Bon, les derniers virages entre le tunnel et le sommet me cassent un peu les pattes. L'arrivée est frigorifiante. J'enfile le coupe-vent et entame la descente. Il fait un froid de gueux. Les doigts sont gourds et la sueur me gèle sur le dos. Je descends le plus vite possible car je sens que la pluie (ou la neige ?) n'est pas loin. Passer Valloire, la température redevient plus clémente, mais le ciel reste menaçant. La descente du Télégraphe défile en un clin d'œil et je me retrouve un peu ahuri dans la grande rue de St Michel de Maurienne. De grosses gouttes viennent maculer la chaussée. Le temps de ranger le vélo et de m'installer dans la voiture qu'un déluge d'eau se déverse du ciel. Je sors de la glacière une purée de pommes de terre, du jambon et de la ratatouille… Quel festin.
Dehors quelques cyclistes malheureux rentrent la tête dans les épaules pour avoir l'impression qu'ainsi l'eau ne passera pas le col du vêtement.
Faute de préparation, je redoutais cette ascension. Ainsi durant toute la montée, je n'ai cessé d'être à l'écoute de mes sensations pour préserver mes forces. En m'appliquant à bien respirer, me concentrant sur le pédalage, le plus fluide, le plus léger possible… En me prodiguant des conseils : " Ne te mets pas en essoufflement, tu n'en as pas les moyens… Ça grimpe moins, bois un coup… Lèves bien les genoux…" des trucs dans ce genre là… Finalement cette absence d'entraînement m'aura été salutaire. L'efficacité n'est pas toujours dans la débauche d'énergie.
J'ai réalisé qu'il m'était possible, en y prêtant attention, même avec une condition physique très moyenne et une dépense énergétique bien moindre, de conserver un rendement tout à fait convenable, proche de mes "performances" habituelles… Cela m'a plu de rouler aussi de cette manière. Je ne sais que répondre quand on me pose la question sur le terme désignant le mieux ma pratique du cyclisme. Peut-être "promeneur sportif à vélo"…
Cela m'amène à réfléchir à l'aspect potentiellement destructeur du sport, quand en l'absence de respect et de conscience de son corps, seul compte la gloire éphémère d'un classement lointain dans une épreuve cyclosportive où l'on termine exténué. Et que penser du sport de haut niveau lorsque celui-ci, fortement médiatisé, se résume de plus en plus à un spectacle pathétique où le vivant et la santé n'ont plus leur place.
Au final, en jetant un œil sur les compteurs, je constate: 13 km/h de moyenne pour la montée, 20 pour l'aller-retour et une FC à 148 pulsations. Ça me va… C'était une bonne journée.
GR.
Le Livre :
05:20 - 1/01/2007 -
Dommage pour le dernier paragraphe !
J'apprécie énormément ce genre de récit car la montagne est belle et se respecte. Mais j'aimerai bien que vous ayez un peu plus de respect pour ceux qui n'ont pas la même pratique que vous !
Après tout ! Vous êtes qui pour juger un compétiteur ? Le coup du spectacle pathétique est une phrase lamentable et plus que déplacée écrite sans aucun recul réel sur les sacrifices et les heures d'entraînement qu'il faut pour arriver au niveau physique requis pour ne serait ce que courir et terminer.
Sur ce ! Bonne route et tâcher d'avoir des avis moins tranchés, plus réfléchis et emprunt de modestie !
Anonymous - 08:04 - 20/08/2006
Droit de réponse
Monsieur,
je vous remercie pour votre commentaire et comprend tout à fait vos propos. Pour ce qui me concerne, il s'agit d'un questionnement et non d'une affirmation. Pratiquant moi même le sport, certes à un niveau très modeste, je suis tout à fait capable de mesurer la quantité de travail que représente l'acquisition parfaite d'un geste et d'en apprécier la beauté.
Toutefois il me semble, lorsque l'on pratique un sport, quel qu'en soit le niveau, qu'il est intéressant de se demander où l'on place les limites que son corps est capable de supporter. On ne sait plus qui fait quoi et avec quels moyens, où se situe la véritable performance. L'athlète lui-même finit par s'y perdre. Après, cela ouvre sur un débat que je je serai bien en peine de poursuivre faute d'argument et de réelles compétences.
Quand au spectacle pathétique, je dirai que mes propos vise davantage un système que les individus eux mêmes (ils n'en sont pas moins des acteurs). Je respecte sans retenue le travail que le compétiteur consacre à sa passion lorsque celui-ci la pratique avec conscience et éthique.
Cordialement.
G. Rollando
Modifié par GR le 1/10/2007 à 01:29
Rollando - 10:19 - 21/08/2006
Aucun soucis !
Bonjour,
j'ai réagit uniquement car je vois des jeunes totalement sains de corps et d'esprit passer chez les pros (je les connais depuis qu'ils sont minimes) et la suspicion qui les entoure m'énerve à un point inimaginable !
De mon expérience, ce que je retiens c'est que le mental fait tout. On a beau avoir des moyens physiques, un entraînement et une hygiène de vie plutôt correcte, si on ne dispose pas d'une force de caractère et d'une foi dans sa réussite, on aboutit à rien et on ne fait aucun résultat probant. C'est ce qui résulte de ma pratique.
Dans tous les cas je vous félicite pour la très agréable mise en page de ce blog également pour les textes et j'espère que vous continuerez longtemps et qu'un jour vous vous laisserez tenter par un peu de compétition, juste pour s'amuser !
Bonne continuation.
Anonymous - 08:53 - 21/08/2006
Bravo
Merci pour ce recit Gerard.
On sent que tu t'es attaché à retranscrire fidelement la realité de ton ascension : je suis sûr que beaucoup de cyclos s'y reconnaitront. En revanche tous n'auront peut-être pas le courage de l'exprimer publiquement.
J'adore la notion de "promeneur sportif à vélo" : c'est joliment dit !
Anonymous - 12:25 - 24/08/2006
« Besoin de vélo »
Bien le bonjour GR,
Juste un petit mot pour saluer votre boulot !
Vous dire que je me régale en parcourant ces pages virtuelles; m’offrants, comme la trame du papier, d’agréables sensations de matières glissant sous la peau, sous l’oeil.
Evidement, chapeau pour l’esthétisme suggérant magnifiquement l’évasion, l’espace, l’équilibre. Ce que je recherche aussi lorsqu’ il m’arrive de « planer » sur les routes, en électron libre au travers des paysages.
Sympa votre clin d’œil (Galibier2), je le partage sans réserve. Tourner le dos à la souffrance gratuite, l’effort doit finalement rester un synonyme de «Plaisir».
Visiblement, la cinquantaine, ça a du bon ! J’y arrive doucement…
Très Beau, votre site Internet. Tous les ingrédients s’y retrouvent, le voyage continue…
Vous l’aurez saisis, je suis aussi un amoureux des matières et de la « beauté du geste ».
Cordialement,
Hubert
Hubert - 04:13 - 9/10/2006
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Description
Après pas mal d'années de VTT, je suis passé depuis peu au cyclisme sur route. Même s'il s'agit toujours de faire du vélo, l'approche en est assez différente. Je vais essayer de vous faire partager mon expérience et donner ainsi quelques pistes pratiques à ceux qui débutent dans ce sport. J'ai 53 ans et roule pour le plaisir. A+. GR.
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